20080815

Ce que Camus m'a dit (un découpage du "Mythe de Sisyphe")

O mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. (Pindare, 3e Pythique.)

L'important, disait l'abbé Galiani à Mme d'Epinay, n'est pas de guérir mais de vivre avec ses maux.

L'absurde m'éclaire sur ce point: il n'y a pas de lendemain.

Les moyens justifient la fin.

Savoir si l'on peut vivre sans appel, c'est tout ce qui m'intéresse...ce qui compte n'est pas de vivre le mieux mais de vivre le plus.

La véritable œuvre d'art est toujours à la mesure humaine. Elle est essentiellement celle qui dit « moins »...Le problème pour l'artiste absurde est d'acquérir ce savoir-vivre qui dépasse le savoir-faire...Si le monde était clair, l'art ne serait pas... Je veux savoir si, acceptant de vivre sans appel, on peut consentir aussi à travailler et créer sans appel et quelle est la route qui mène à ces libertés. Je veux délivrer mon univers de ses fantômes et le peupler seulement des vérités de chair dont je ne peux nier la présence. Je puis faire oeuvre absurde, choisir l'attitude créatrice plutôt qu'une autre. Mais une attitude absurde pour demeurer telle doit rester consciente de sa gratuité. Ainsi de l'œuvre.

On s'habitue si vite. On veut gagner de l'argent pour vivre heureux et tout l'effort et le meilleur d'une vie se concentrent pour le gain de cet argent. Le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin...Il y a ainsi des dieux de lumière et des idoles de boue. Mais c'est le chemin moyen qui mène aux visages de l'homme qu'il s'agit de trouver.

L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse.
Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile.